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24/04/2026
Antoine Brizard : « Beaucoup d'honneur et une grande fierté »
Après l’annonce par Benjamin Toniutti de sa retraite internationale, c’est un autre passeur, Antoine Brizard, qui sera désormais le capitaine de l’équipe de France de volley. Du Japon, où il dispute prochainement les demi-finales de la SV.League avec Osaka Bluteon, celui qui fêtera ses 32 ans dans un mois revient sur cette nomination.
Que t’inspire la retraite internationale de Benjamin Toniutti ?
On a appris sa décision avant le dernier Championnat du monde (en septembre dernier), on était tous au courant dans l'équipe, parce qu’il nous avait dit que c'était sa dernière compétition internationale, mais il ne voulait pas que ce soit officiel parce qu'il ne voulait pas attirer la lumière sur lui. Comme il l'a toujours fait, très humblement, il ne s'est jamais mis en avant, il s'est toujours dit que l'équipe devait passer avant lui. C'est aussi pour ça qu'on était tous aussi émus après le dernier match, on savait que pour lui, c'était terminé. Moi, ça fait neuf ans que je suis en équipe de France et je n'ai toujours connu que lui comme capitaine, donc tous les souvenirs que j'ai en équipe de France, c’est avec lui. Il a été une inspiration pour moi, je lui dois énormément dans ma carrière. Donc le fait de savoir que ça va désormais se passer sans lui maintenant, ça fait bizarre.

Que t’a-t-il appris en particulier ?
Il m'a donné de la confiance, il m'a montré ce que c'était d'être un leader, un capitaine, ce que c'était de jouer vraiment pour l'équipe. Il m’a aussi appris l'humilité, car malgré le fait qu’il ait tout gagné, il voulait toujours continuer à gagner. Tout le monde a beaucoup de respect pour lui, y compris le grand public.

Te voilà désormais capitaine de cette équipe de France, puisqu’Andrea Giani t’a confié cette responsabilité, tu l'avais déjà été sur certains matchs, comment l’as-tu appris ?
Je l'avais effectivement déjà été quand "Totti" n'était pas là, mais ça n'avait rien à voir parce que c'était en attendant qu’il revienne, c'était vraiment très ponctuel. Avec "Giangio" (Andrea Giani), ça s'est fait très simplement, il ne m'a pas trop laissé le choix (sourire), pour lui, c'était évident, je pense que pour les autres joueurs aussi. On en a parlé avec "Trev" (Trévor Clévenot, vice-capitaine), qui fait également partie maintenant des plus anciens et des plus expérimentés. Il disait aussi qu'il voulait que ce soit moi, donc ça s'est fait très naturellement. Dans cette équipe de France, on va assister à un changement de génération, donc notre rôle avec Trevor va forcément changer. Maintenant, que je sois capitaine ou non, je me serais comporté exactement de la même façon avec les plus jeunes joueurs, donc c’est plus honorifique.

Honorifique certes, mais on imagine que c'est quand même une fierté de devenir le capitaine de l’équipe de France double championne olympique ?
Comme je l'ai dit, j'ai toujours connu l’équipe avec "Totti" comme capitaine, donc limite, je ne m'en rends pas compte. Rien que le fait de me dire que "Totti" ne sera plus là déjà, ça me fait vraiment quelque chose, je pense que je vais m'en rendre compte petit à petit. Mais évidemment, c'est beaucoup d'honneur et une grande fierté parce que c'est un statut que peu de joueurs ont eu dans l'histoire de l'équipe de France.

Tu vas étrenner tes galons sur la Volleyball Nations League cette année, Andrea Giani a annoncé le groupe la semaine dernière, avec pas mal d'anciens qui ne seront pas là cet été parce qu'ils ont exprimé le besoin de souffler, cela n’a pas été ton cas ?
Non, je ne me suis pas posé la question, je n'en ressentais pas forcément le besoin. Je sais que jusqu'à Los Angeles, ça va être un sprint, on a déjà passé un été d'olympiade et il en reste trois. Personnellement, je ne suis pas du tout sûr de continuer après Los Angeles, donc s'il ne me reste que trois ans en équipe nationale, j'ai envie de les faire à fond et j'ai surtout envie que le nouveau groupe qui arrive soit compétitif et prenne des habitudes ensemble. "Trev" sera aussi très important pour ça, on a à peu près la même vision tous les deux, à savoir que si on veut que ça fonctionne avec la nouvelle équipe, il faut qu'on passe du temps ensemble. Les étés d'avant, on était en territoire connu, on connaissait les besoins de chacun, donc on avait réussi à s'accorder des vacances, là, c’est différent, on a besoin de vécu commun avec le groupe, donc c'est le moment de le faire. Et la VNL est importante pour ça parce qu'on passe beaucoup de temps ensemble, on joue beaucoup de matchs, ça permet de comprendre comment chacun réagit dans la victoire comme dans la défaite, de faire en sorte de ne pas créer trop d'écart entre les anciens et les nouveaux, c’était très important pour moi d’être là.

Et comment comptes-tu appréhender ton rôle de capitaine ?
Comme je l'ai toujours fait, j'ai toujours été assez leader. J'ai surtout envie qu'on ne perde pas de temps, que ce ne soit pas une période de transition, que nous, les anciens, on ne se dise pas qu'on est en pré-retraite et que les jeunes ne se disent pas qu'il faut attendre qu’on soit partis pour gagner. Il y a des places à prendre, il y a des jeunes qui ont fait de très grosses saisons, que ce soit en France ou à l'étranger, donc je suis persuadé que l'équipe a déjà la qualité pour gagner dès cet été. Je n'ai pas envie qu'on perde de temps et qu'il y ait des complexes. C’est ça que je veux transmettre, en plus des valeurs qu'on a toujours eues avec l'équipe de France et qui doivent rester un tronc commun, quelles que soient les générations, à savoir les valeurs d'entraide, de travail et de fun. Tout ça me tient à cœur, c’est la même chose pour Trévor.

Tu le disais, vous êtes dans un sprint jusqu'aux, ça veut dire que même si le groupe est quand même largement renouvelé, c’est important de performer dès cet été, pour avoir le meilleur ranking (classement mondial) dans la course à la qualification ?
Evidemment, il y a même une place qualificative pour les Jeux dès cet été (pour le vainqueur de l’EuroVolley). On sait que ça va être très compliqué de la décrocher, mais cette opportunité existe, il faut être capable de la saisir. L'Italie a été championne d'Europe (en 2021) en changeant complètement de génération, ça montre que c'est possible. Quoi qu’il arrive, ce sera aussi de l'expérience à prendre et oui, il faut qu'on pense dès maintenant à défendre notre ranking pour qu'on puisse être plus confortables dans la course à la qualification olympique.

Un petit mot pour finir sur ton poste de passeur. Tu as formé pendant neuf ans un duo avec Benjamin Toniutti, tu es en train d’en former un nouveau avec Amir Tizi-Oualou, quel est ton regard sur lui ? 
On se parle beaucoup, je l'ai suivi tôt dans sa carrière, donc on échange depuis assez longtemps. Je suis épaté par la saison qu'il a faite à Modène, il est passé tout près d'aller en demi-finales pour sa première saison, ce qui est exceptionnel. Il est dans la lignée des jeunes internationaux de cette génération, qui n'ont peur de pas grand-chose. Il a énormément de qualités, il travaille, il est ambitieux. Après, il a encore évidemment une marge de progression très importante, il ne faut pas qu'il soit trop pressé ; connaissant son caractère, il a tendance à être toujours un peu insatisfait, il faut qu'il profite de ces moments où il est encore très jeune, parce que ce sont des années chouettes. En tout cas, j'espère l'aider autant – enfin, au moins un peu - que "Totti" l'a fait avec moi. Si je pouvais lui transmettre le flambeau dans le même confort que l’a fait "Totti" avec moi, j'en serais très fier.